Petits mais puissants: démarginaliser les petits producteurs pour construire un avenir plus durable
1er mai 2026, Yokohama
Les plantations de petits producteurs jouent un rôle grandissant dans l’offre en bois tropicaux, tout en concourant aux moyens d’existence en milieu rural et en restaurant les paysages déboisés et dégradés. © OIBT
Les plantations de petits producteurs jouent un rôle grandissant dans l’offre en bois tropicaux, alimentent les moyens d’existence en milieu rural et contribuent à restaurer les paysages déboisés et dégradés.
Dans nombre de pays en développement, les petits producteurs sont des acteurs vitaux des régimes forestiers basés sur des plantations, car ils sont source de retombées socioéconomiques au sens large.
À cet égard, lors du récent webinaire organisé au titre de la série en cours de webinaires OIBT-Ministère fédéral allemand de l’alimentation, de l’agriculture et de l’identité régionale (BMLEH), les conférenciers ont mis en avant les contributions des petits arboriculteurs, mais aussi les mesures pratiques nécessaires pour dynamiser leur rôle au niveau des chaînes de valeur du bois durable.
Renforcer l’impact des petits arboriculteurs
Anto Rimbawanto, de l’Agence indonésienne pour la recherche-développement (BRIN), a souligné que si, dans nombre de pays producteurs tropicaux, les petits producteurs jouaient d’ores et déjà un grand rôle, leur plein potentiel demeurerait toutefois inexploité tant que leurs capacités ne seraient pas renforcées, leur accès au marché amélioré et des cadres de politique favorables mis en place.
Comme exemple à suivre d’un accompagnement ciblé capable de démarginaliser les petits producteurs, M. Rimbawanto a mis en lumière le projet collaboratif OIBT-BMLEH qui vise à promouvoir la production de teck, et autres essences. En associant assistance technique, information sur le marché et accès à des financements, ce projet aide les agriculteurs à produire du bois de meilleure qualité et à générer davantage de retombées économiques.
Les petits exploitants agricoles détiennent environ un tiers de l’ensemble des forêts plantées du globe et fournissent plus de 20 % de la production mondiale de bois ronds. Or, dans les pays en développement, les forêts contribuent 22,2% des revenus ruraux, ce qui donne une idée du rôle central que les petits producteurs jouent en termes de recettes nationales ou de revenus des ménages, d’investissement local et d’emploi.
Ainsi, en Indonésie, dans la région de Jepara (province indonésienne de Java central), la filière du meuble est un exemple concret de ces retombées. Le pôle qui y est implanté dépend fortement du teck fourni par de petits producteurs, qui alimentent jusqu’à 80 % des grumes exploitées par cette industrie qui emploie 120 000 ouvriers et contribue 27 % de la production économique totale de cette région.
«L’exemple de Jepara montre que le fait de démarginaliser les petits producteurs n’est pas seulement une question relevant des exploitations agricoles, mais qu’il est central pour pérenniser les emplois, l’industrie et le développement économique local», a expliqué M. Rimbawanto.
Il en va de même au Viet Nam, où les expériences menées confirment que cela est possible moyennant un appui soutenu au niveau politique. En effet, suite aux réformes foncières, plus de 500 000 foyers agricoles gèrent aujourd’hui entre 50 et 70 % des plantations forestières du pays. La délivrance de certificats d’utilisation des sols a ainsi permis à nombre d’entre eux d’obtenir des prêts à faible taux d’intérêt, ce qui a favorisé l’investissement et l’augmentation de la productivité, en particulier dans les secteurs tournés vers l’export.
Ces réussites envoient un message clair: armés des bons outils, les petits producteurs peuvent devenir des fournisseurs stratégiques de bois de qualité tout en contribuant aux objectifs en matière de climat et de restauration, de restauration des paysages et de diversification des économies rurales, tous aspects qui vont dans le sens des buts fixés au niveau national.
M. Rimbawanto a conclu son propos en soulignant que les décideurs devaient se concentrer sur la mise en œuvre de conditions propices permettant aux petits de produire du bois de qualité, d’être en conformité avec les normes et réglementations et de participer pleinement aux chaînes de valeur.
Améliorer la productivité des tecks
La productivité lignicole demeure un facteur clé de la réussite des petits producteurs. C. Buvaneswaran, de l’Institut de génétique forestière et de sélection des arbres (IFGTB) en Inde, a présenté les conclusions de huit études de cas menées dans l’État indien du Tamil Nadu afin d’examiner les facteurs ayant une incidence sur la croissance du teck (Tectona grandis).
Il en est ressorti que la productivité variait sensiblement en fonction des conditions du site. Si la croissance s’est montrée de manière globale plus forte dans les zones sud du Tamil Nadu, la production accrue de bois des branches dans ses parties ouest a en revanche eu pour effet de réduire le rendement du bois de tige, ce qui montre comment les facteurs environnementaux façonnent la qualité et la production de bois.
L'exposition au vent est apparue comme un facteur particulièrement limitant, tandis que les pratiques idoines d’éclaircie ont significativement améliorer la productivité par arbre.
De manière importante, la recherche a également montré les avantages des régimes multispécifiques. Intercaler du teck avec des essences à croissance rapide comme Casuarina sp. a ainsi permis d’améliorer non seulement la productivité du teck, mais aussi de générer des revenus intérimaires grâce à la production de pâte de bois, une considération majeure pour les petits producteurs qui doivent gérer des cycles de rotation longue.
Ces résultats ont apporté des éclairages pour améliorer la gestion des plantations et renforcer l’importance d’adopter des approches adaptées au site concerné en vue d’optimiser la productivité, la fertilité des sols et les retours économiques.
Les régimes de petits arboriculteurs en région Asie-Pacifique
Un rapport commun publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Centre de recherche forestière internationale-Centre international pour la recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF), avec des apports de l’OIBT et d’autres partenaires internationaux, qui a été cité au cours du webinaire a également montré l’impact des petits exploitants-arboriculteurs dans la région Asie-Pacifique.
Présenté par Faustine Zoveda, Fonctionnaire responsable des forêts à la FAO, ce rapport montre que les régimes de petits producteurs sont d’ores et déjà des fournisseurs vitaux de bois durable dans la région et qu’ils contribuent aux régimes agroalimentaires résilients. Sachant que la demande en bois est projetée augmenter d’environ 60 % au cours des 25 prochaines années, le rôle des petits exploitants-arboriculteurs n’en deviendra que plus critique pour les économies intérieures et les chaînes de valeur.
Ce rapport recense plusieurs priorités destinées à intensifier ces retombées, notamment clarifier le régime foncier, améliorer l’accès au marché, simplifier les cadres de réglementation et renforcer l’assistance technique. Par ailleurs, les politiques nationales, telles que la politique agroforestière indienne, montrent comment des approches coordonnées sont en mesure de doper tant la productivité que les revenus des petits producteurs.
«L’arboriculture de petite échelle suscite un vif intérêt doublée d’un élan dans toute la région», a noté Mme Zoveda, notant la mobilisation croissante des pouvoirs publics en la matière.
Meilleurs moyens d’existence et meilleurs résultats
La Directrice de la gestion forestière, Jennifer Conje, qui représentait l’OIBT, a souligné l’importance de cette série de webinaires qui sert de plate-forme pour renforcer la collaboration locale et régionale, échanger des connaissances et dialoguer sur les politiques.
Alors que la phase II du projet OIBT-BMLEH est sur le point de s’achever en décembre prochain, ses résultats montrent déjà comment la coopération internationale peut générer des avantages tangibles. Pour preuve, dans chacun des six pays participants (Thaïlande, Viet Nam, Cambodge, Inde, Indonésie et Togo), le projet a contribué à améliorer la qualité du bois, à renforcer les capacités des petits producteurs et à améliorer les résultats au plan social et environnemental.
Dans la mesure où les petits producteurs gèrent aujourd’hui un quart environ des teckeraies du globe, il sera essentiel d’intensifier ce type d’action.
«L’expérience tirée du projet OIBT-BMLEH montre clairement que, moyennant des investissements ciblés et des politiques favorables, les petits producteurs sont en mesure de jouer un rôle transformateur pour répondre à la future demande en bois tout en faisant avancer le développement durable et les objectifs internationaux en matière de foresterie tropicale», a déclaré Sheam Satkuru, Directrice exécutive de l’OIBT. «Nous espérons que le soutien à des initiatives aussi productives se poursuivra pour continuer à aller de l’avant.»